ART COMMUNITY
Serigne Ibrahima Dieye / Interview Ludovic Delalande

In something we Africans got #10

« Je suis inspiré par la migration, les inondations, la violence, la crise de valeurs, la quotidien de l’Homme en général. Je ne fais pas de hiérarchie dans le choix de mes sujets et ne m’impose pas de limites. Je touche tout ce qui me touche. Ce sont des problèmes qui n’épargnent personne, mes sujets sont universels. »

– Serigne Ibrahima Dieye

Serigne Ibrahima Dieye, « Règne sauvage », Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

Né en 1988 à Dakar (Sénégal) où il vit et travaille actuellement, Serigne Ibrahima Dieye a suivi une formation à l’Ecole Nationale des Arts de Dakar d’où il est sorti diplômé en 2013. Articulée autour d’une exploration du medium pictural, sa pratique artistique procède d’une combinaison de supports et de techniques, à la croisée de la peinture, du dessin et du collage. Dans des compositions de formats différents, l’artiste met en scène des figures hybrides, mi-humaines mi-animales, comme autant d’allégories visuelles qui se font l’écho de problématiques sociales, économiques et politiques actuelles. Inspiré par son environnement quotidien, l’artiste pose un regard sans concession sur la société dont il dénonce avec véhémence les maux qui l’agitent et la déchirent tels que le mauvais comportement des Hommes, les inégalités ou la violence. À travers ses fables urbaines à l’impact frontal et immédiat, Serigne Ibrahima Dieye, conscient de son rôle en tant qu’artiste, cherche à éveiller les consciences. Son message est universel.

Ludovic   Delalande : Quand et pourquoi avez-vous commencé à développer une pratique artistique ?

Serigne Ibrahima Diegne : J’ai toujours aimé l’art. Je peux même dire que je suis né avec. J’ai commencé ma pratique artistique quand j’étais enfant. À l’école, je dessinais pour mes professeurs et les élèves me disaient souvent que je devrais être artiste.  

Le choix de la peinture s’est-il imposé d’emblée ? C’est le résultat de recherches où j’ai exploré différentes directions, sans me limiter. À force de creuser, on finit toujours par trouver. L’école nous enseigne uniquement des techniques, ce n’est qu’après que l’on trouve sa propre démarche et que l’on devient libre. 

Qu’avez-vous retenu de votre formation académique ? La rigueur, la patience et la curiosité. Même si j’ai beaucoup appris à l’école, elle ne forme pas à être artiste, on l’est bien avant. Être artiste n’est pas donné à tout le monde, c’est inné. 

« Assemblée de vanités », Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

Votre vocabulaire se caractérise par un mix de différentes techniques -peinture, dessin, collage, etc. Comment est-il né ? Le collage est apparu alors que je m’intéressais aux inondations et aux habitats dans la banlieue de Dakar. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à mélanger dessin, collage et peinture. Ne pas se limiter à un medium, ni à un sujet. 

Et parmi vos outils, le stylo-bille occupe une place importante, pourquoi ? J’aime ce medium. Quand je l’utilise, je me sens libre, comme un enfant qui apprend à dessiner ou un poète à écrire. C’est aussi une façon de me démarquer en tant qu’artiste. Je peux utiliser tous les médiums du moment que cela vient du cœur. 

« Violence héréditaire », Courtesy Galerie Cécile Fakhoury

Comment naissent vos œuvres ? Je suis engagé dans ce que je fais. Lorsque je parle d’engagement, cela signifie que j’essaye de me mettre à la place des sans-voix. Il s’agit de donner à voir ce que l’on ne voit pas, de faire entendre ce qui se murmure tout bas. Faire apparaître des formes ; matérialiser par l’art les idées comme un ensemble de zones grises, souvent obscures, que l’on placerait dans la lumière pour mieux les observer et mieux les décomposer. (…) Version intégrale du texte dans something we Africans got numéro 10.

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in something we Africans got issue 10
                                                                Ludovic Delalande
Novembre 2019